18 | 08 | 2008

Chronique cinéma

Charley Varrick de Donald Siegel (USA - 1973) note : moyen

Petit entrepreneur ruiné par les grandes compagnies, Charley Varrick arrondit ses fins de mois en braquant les banques de trous perdus, en compagnie de sa femme Nadine et de deux complices. Ce jour-là, cela ne se passe pas très bien dans ce bled du Nouveau-Mexique. Nadine et Al sont tués. Quant à Charley et Harman, ils ne peuvent même pas se réjouir de leur butin de trois quarts de million de dollars. Car une telle somme signifie que la banque blanchissait les gains de la Mafia et que celle-ci ne les lâchera plus désormais...

Tourné juste après Dirty Harry, la première aventure de l'inspecteur Callaghan, Charley Varrick est un polar savoureux et frondeur, à la fois plein de ferveur, de nonchalance et d'humour.

L'homme seul face à la corruption du monde est un grand classique hollywoodien et l'un des thèmes favoris de Siegel. "Dernier des indépendants" comme l'affirme son slogan publicitaire, Charley Varrick est un homme ordinaire (Walter Matthau, excellent dans un rôle tout en intériorité, loin de ses rôles comiques antérieurs), artisan qui n'a trouvé que l'illégalité pour survivre. Avant d'être balayé par la violence, le hold-up d'ouverture porte cette marque artisanale, presque cocasse (la mise en scène, les déguisements) et familiale.

Mais Varrick a braqué la mauvaise banque, ce qui permet au film de rejoindre le mainstream de l'époque. La mode est alors à la mafia, au crime organisé, à ses ramifications dans le monde des affaires et la sphère politique. C'est, ici, un aspect très bien illustré par Siegel, surtout dans la corruption des petites gens. Tous, même les plus ordinaires - banquiers, photographe d'Alburquerque ou filles d'un bordel perdu dans la poussière du Sud-Ouest -, peuvent servir la pieuvre. Fumant la pipe, le hitman (Joe Don Baker, tout en puissance et massivité inquiétante) lancé aux trousses de Charley parait tout aussi ordinaire, pourtant menace sourde qu'il vaut mieux ne pas réveiller.

Dans une scène mémorable devant un troupeau de vaches, un banquier corrompu réussira à convaincre un bnaquier intègre de l'inanité de toute résistance. Mais il n'y a jamais rien d'inéluctable, même pour un homme seul, à condition qu'il soit intelligent et déterminé. Cachant un formidable instinct de survie, l'aspect bonhomme et patelin de Charley Varrick trompe tout son monde. Comme Doc McCoy, dans le Gateway de Peckinpah la même année, il damera le pion à l'Organisation, plus par la ruse que par une violence directe (contrairement au héros incarné par Steve McQueen).

Comme souvent chez Siegel, chaque minute, chaque scène, chaque personnage [1] a son importance, contribuant à faire de Charley Varrick - avec l'excellent habillage musical de Schifrin et une distribution aux petits oignons - un film rythmé et réjouissant que l'on découvre ou redécouvre toujours avec intérêt voire bonheur.

Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : State Of Mind de Raul Midon (Blue Note 2006)