31 | 08 | 2008

Chronique cinéma

Cotton comes to Harlem de Ossie Davis (USA - 1970) note : moyen

Le révérend Deke O'Malley a eu une révélation lors de son dernier séjour en prison : Dieu lui a dit de construire une arche et de sauver son peuple. Il va donc parcourir le pays en faisant souscrire à ses frères noirs - désireux d'un retour vers l'Afrique -, l'achat d'un bateau. De passage à Harlem, le meeting qu'il tenait se fait braquer sous les yeux des détectives Fossoyeur Jones et Ed Cercueil. Ces derniers se jurent de retrouver les 87 000 $ dérobés aux pauvres harlémites.

Cotton comes to Harlem, précurseur de ce mouvement qui allait être nommé blaxploitation (et dont le film fondateur - Sweet Sweetback's Baadasssss Song - sortira l'année suivante) , est une adaptation d'un roman de Chester Himes, Retour en Afrique, paru en 1964 à la Série Noire.

Davis Cotton comes to Harlem Le Harlem de Himes est un mélange fou, sensuel, cruel et violent d'arnaqueurs, d'arnaqués, de truands et de saints - vrais ou faux -, de macs et de putains, de drogue, de vice et de ferveur religieuse, de pauvreté, d'échines courbées, de ressentiment et de joie de vivre. Dans tout le cycle de Harlem, construit autour des deux policiers Fossoyeur Jones et Ed Cercueil Johnson, Chester Himes se désespère de cette situation dans laquelle est maintenu le peuple noir, désuni face à l'exploitation blanche, naïf quant à sa libération. Observée d'un œil amusé dans le premier roman du cycle La reine des Pommes elle lui sera devenue totalement intolérable en 1972, quand sortira le dernier opus L'aveugle au pistolet, roman politique sans illusions au cœur des émeutes d'Harlem.

Reconnaissons à Ossie Davis d'avoir réussi à retranscrire à l'écran le "pittoresque" du Harlem de Chester Himes, sa diversité, ses engouements et sa sensualité, une partie de son rythme si différent de celui du reste de New York City. Tout ceci reste quand même extraordinairement lisse et timoré. La critique sociale que Chester fait de sa propre communauté est reléguée ici au magasin des accessoires.

Alors que la splendide écriture du romancier est âpre, rugueuse, agressive, truculente, drôle puis subitement noire, que les dialogues sont plutôt crus et les situations souvent scabreuses, il n'en affleure dans le film que l'écume. Le message proprement politique - se battre et s'unir pour vaincre - reste juste esquissé. Comédie agréable, film d'action bien mené malgré quelques lenteurs, il manque à Cotton comes to Harlem l'âme subversive et la violence que glissait Himes dans ses livres et qui en faisaient des polars qui restent passionnants à lire.

Godfrey Cambridge campe un Fossoyeur assez convaincant car il a parfois l'air mauvais qui fait la réputation des deux flics harlémites. Raymond St Jacques est un trop propre Ed Cercueil, même si c'est lui qui distribue le plus de baffes. Les autres rôles sont plutôt bien tenus, Judy Pace étant une Iris qui résume bien toutes ces femmes belles, fatales, animales qui traversent le cycle de Harlem.