15 | 01 | 2009

Chronique cinéma

From Hell d'Albert et Allen Hugues (USA - 2001) note : mauvais

Histoire de la traque de Jack l'Éventreur par l'inspecteur Abberline et le sergent Godley, dans l'East londonien de la fin du XIXème siècle.

Dernier avatar cinématographique sur les meurtres commis à Whitechapel, en 1888, par Jack l'Éventreur, From Hell adapte l'histoire développée dans la bande dessinée du même nom et sur presque 550 pages par Alan Moore et Eddie Campbell en 1993, elle même s'inspirant des thèses défendues depuis 1976 par Stephen Knight mais rejetées par tous les ripperologues sérieux [1].

From hell L'adaptation a fait des coupes sombres dans l'important matériel ésotérique et symbolique amassé par Moore pour son oeuvre. Retour donc à une ligne claire assez voisine de celle du film Murder by decree de 1979 (qui défendit pour la première fois la thèse du complot maçonnique et royal) mais qui ne retiendra de l'affaire que quelques instants clés [2]. Autre simplification d'importance, le transfert à l'inspecteur Abberline, incarné par Johnny Depp, des compétences psychiques du personnage de Richard Lees, médium de la Reine voyant par anticipation les meurtres. Enfin, les frères Hugues et leurs scénaristes ont fait d'Abberline un opiomane (sans que cela apporte grand chose à l'histoire) qui va vivre une histoire d'amour avec la dernière des victimes annoncées du tueur, l'Irlandaise Mary Kelly (Heather Graham).

Avec cette histoire réduite à peau de chagrin, From Hell se présente avant tout comme une expérience visuelle à la Sleepy Hollow (Tim Burton, 1999) mais lorgnant assez souvent vers le gore. Soutenus par une bande son efficace, les rouges criards du ciel de Londres ou étouffés des meurtres contrastent avec les verts électriques des visions pour proposer au spectateur la reconstitution intéressante d'une ville et d'une époque mais où Jack et, surtout, la terreur qu'il propagea dans ce quartier déshérité qu'était Whitechapel sont introuvables. Tout comme l'est Johnny Depp, beau et inconsistant Abberline, qui ne semble jamais tout à fait concerné par ce qui se passe. L'actrice (?) Heather Graham donne toute la mesure de son absence de talent dans ce qui ressemble finalement à une romance, parfois horrifique, pour jeunes filles. Soulignons toutefois les performances impeccables de Robbie Coltrane (le sergent Godley) et de Ian Holm (Sir William Gull).
Illustrations de cette page : Le prince Albert Victor entraîné hors de Whitechapel : dessin d'Eddie Campbell

Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : Mingus at Antibes (1960)