09 | 08 | 2008

Chronique cinéma

Madigan de Donald Siegel (USA - 1968) note : moyen

Les détectives Madigan et Bonaro se font subtiliser leur arme de service par Barney Benesch, un petit malfrat de leur connaissance qu'ils allaient interpeller. Il se révèle par la suite que Benesch est un tueur et ordre est donné aux deux détectives de le retrouver dans les 72 heures. Pendant ce temps, le Préfet de police Russell doit faire face à la trahison possible d'un ami.

Madigan (sorti en France sous le titre Police sur la ville) est un polar urbain nerveux qui, sans être un grand film, s'attache à montrer la difficulté du métier de flic et le fait de façon plutôt intéressante.

Siegel joue fortement sur le contraste entre un Russell (Henry Fonda), grand flic vivant dans un certain luxe, fréquentant la haute société de New York dans de sublimes jardins à l'abri du tumulte de la ville, semblant surtout disposer d'un temps infini (y compris pour lutiner une jeune femme mariée) et un Madigan (Richard Widmark) au quotidien pourri et survolté, flic de base sans horaires, à la vie privée impossible, cavalant en permanence dans les rues, sur les toits, se coltinant chaque seconde la violence, le mensonge et la crasse de ce monde.

Les deux hommes se connaissent et ne s'apprécient guère. Russell (à qui Fonda apporte son côté collet monté et - faussement - puritain) évoque même l'hypothèse de la corruption de Madigan (qui semble ne jamais payer bars ou restaurants) mais, comme dans le proverbe, c'est une histoire de paille et de poutre. Ce préfet de police qui se veut, qui se croit au-dessus du lot doit affronter deux "affaires" hautement politiques : la très certaine corruption de son meilleur ami, le chef des Inspecteurs Kane (James Withmore) et la demande d'étouffement d'une affaire par un influent prédicateur noir.

A l'opposé, Siegel nous montre un Madigan dévoré par son métier - qu'il vit avec passion -, honnête - même s'il secoue quelque peu ses témoins -, amoureux de sa femme - même s'il va dormir chez une chanteuse de cabaret - et surtout dévoué à la communauté, courageux, désintéressé. Cet hymne au flic de base est l'un des derniers de cette période pour le cinéma amerlocain et il se teinte déjà d'un profond pessimisme. Mis violemment en cause par la femme de Madigan lors de la mort de son époux - sur laquelle il ne verse pas une larme -, le préfet Russell en rajoutera dans le cynisme en couvrant les agissements illégaux de Kane. Bientôt, dans les mêmes rues de New York, une flic nommé Serpico dévoilera la corruption généralisée du système. Et Siegel, de l'autre côté du pays, mettra en images un Harry Callaghan au-delà des limites.

Donald Siegel filme la ville d'une façon personnelle et efficace, sachant tranférer une partie de cette énergie urbaine à son héros. La musique de Don Costa, très typée années 60, épouse ce rythme. La distribution est épatante, même pour des rôles très stéréotypés comme celui de Julia Madigan (Inger Stevens) ou Tricia Bentley (Susan Clark).
Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : Quatuor pour cordes de Zdenek Fibich par l'ensemble Villa Musica (Night and day - 1998)