12 | 05 | 2009

Anchors Aweigh de George Sidney (USA - 1945) note : quelconque (chorégraphies note : très bon)

Les matelots Clarence Doolittle et Joe Brady sont en permission pour quatre jours à Los Angeles. Brady est pressé de retrouver son amie Lola mais Doolittle ne le lâche pas d'une semelle espérant que son copain, après lui avoir sauvé la vie lui apprendrait quoi en faire. Ils rencontrent alors Susan Abott, dont Doolittle s'éprend.

L'argument, on le voit, est plutôt mince. Il y aura par la suite une confusion des sentiments, Brady (Gene Kelly) tombant amoureux de Susan (Kathryn Grayson) alors qu'il fait tout pour la convaincre de l'amour de Doolittle (Frank Sinatra), petit gars de Brooklyn totalement niais qui en pince finalement pour une serveuse née comme lui à New York.

Anchors Aweigh me semble, aujourd'hui, tout a fait déséquilibré, certains parties ayant beaucoup vieilli alors que d'autres ont conservé une fraicheur et un intérêt intemporel. Parce que c'est Sinatra... et parce que c'est Kelly, qui illumine à lui seul toute l'histoire.

Le reste, côté musical, est tout à fait insupportable. Un rôle très long et très lourd est donné au pianiste et chef d'orchestre José Iturbi, que l'on pourrait entièrement faire disparaître dans un nouveau montage sans que cela affecte en rien la narration. George Sidney Escale à Hollywood George Sidney, pour habiller les moments où le maestro nous assène sa façon « d'interpréter » les classiques, fait des efforts dans sa recherche de plans, son cadre et son montage. Il s'essaie même à des numéros à la Berkeley – la parade militaire du début du film, le numéro des pianistes au Hollywood Bowl sur une rhapsodie de Liszt – mais, sincèrement, c'est peine perdue.

Plus difficile évidemment serait de supprimer les scènes chantées par Kathryn Grayson, que je trouve également très marquées par le temps. Même si son physique à la Blanche-Neige est déroutant, voire irritant, elle n'est pas trop mauvaise comédienne mais sa façon de chanter dans ce film est tout à fait inadaptée. De formation lyrique classique, elle ne peut pas faire grand chose de Jalousie, le superbe tango tsigane de Jacob Gade. Son interprétation ressemble aux miaulements d'un chat coincé dans la porte d'un réfrigérateur. Le chat est carrément à l'agonie lorsqu'elle s'époumonne dans From the Heart of a Lonely Poet, sur une valse de Tchaïkovski, qui est son grand numéro avec Iturbi. Sa voix est à la fois datée et connotée et son chant finalement semble aussi outré et déplacé que les interprétations du maestro. Au même titre que celles-ci, elles affectent grandement le plaisir que l'on peut prendre à regarder Anchors Aweigh.

Car les numéros de nos duettistes sont épatants. Frank Sinatra danse un peu et chante beaucoup, pas vraiment hélas ! dans son registre. Il est tout à fait conforme à la caricature que Tex Avery faisait de lui dans le cartoon Little Tinker de 1948, paraissant d'autant plus souffreteux que Gene Kelly est, à ses côtés, tout en puissance et en énergie. Mais leurs duos chantés et dansés (notamment la scène des lits dans l'hôtel réquisitionné) sont absoluments parfaits de complicité et de tonicité. Sinatra tient plutôt bien son rôle d'ingénu énervant et il est évidemmment convaincant dans ses numéros en soliste, notamment dans sa jolie interprétation de I Fall in Love Too Easily.

Toutefois, c'est Gene Kelly qui crève littéralement l'écran dans cette Escale à Hollywood. C'est en fait la première fois qu'il en (co)vedette puisqu'il n'était que second rôle dans Me and my gal (1942) et qu'il laissait toute la vedette à Rita Hayworth dans Cover Girl (1944). Toute la vedette sauf la fameuse ghost dance où on le voyait dans une rue déserte se confronter à un double dansant de lui-même. Dans Anchors Aweigh
Illustrations de cette page : Dick Powell et Joan Blondell - Joan Blondell en repasseuse - Multiplication de Ruby Keeler - Deux charmantes girls au lever du lit.