14 | 04 | 2009

Broadway Melody of 1938 de Roy del Ruth (USA - 1937) note : passable

Le couple Whipple, lui industriel de l'ice-cream et elle, ancienne girl propriétaire d'une écurie de course, acceptent de financer la prochaine revue de Steve Raleigh. Dans le train qui ramène chevaux et personnes vers New York, ce dernier fait la connaissance de Sally Lee, première propriétaire du crack de l'écurie et de Sonny et Peter, ses actuels entraineurs. Il entend faire de cette talentueuse jeune provinciale la vedette de son show. C'est sans compter sur la jalousie de Caroline Whipple.

Nous sommes ici dans le ventre mou du film musical. L'histoire, ressassée et plutôt bancale, sert à masquer l'assemblage assez hétéroclite de numéros – chant, danse, comédie – et d'hommages appuyés tant à Sophie Tucker qu'au King of Hollywood Clark Gable, tout en apportant au spectateur ce qu'il est venu chercher : du bonheur pour la semaine. C'est plutôt platement filmé par del Ruth et cela aurait pu virer à l'insipide mais voilà, il y a Eleanor Powell et Judy Garland.

Si la MGM inventa le musical avec Broadway Melody of 1929, le genre est alors dominé par la Warner (avec l'unité de Busby Berkeley) et la RKO (qui produit le couple Astaire-Rogers). L'histoire raconte que c'est un film de del Ruth, déjà avec Powell, qui sauva le Lion de la faillite : Broadway Melody of 1936 (1935). Le duo avait ensuite enchaîné sur une autre réussite, Born to dance (1936), et se retrouvait donc pour la troisième fois.

Del Ruth Broadway Melody 1938 Eleanor Powell – qui tourna finalement très peu – est une extraordinaire tap dancer, à la fois énergique, élégante et gracieuse et représente, à mon sens, la quintessence dans l'exercice, comme l'était, côté masculin, Fred Astaire [1].

A condition d'aimer les claquettes, on ne peut que l'admirer dans les trois grands numéros destinés à la mettre en valeur. Elle danse dans l'espace étroit d'un wagon de chemin de fer pour le premier d'entre-eux, Follow in My Footsteps, avec Murphy et Ebsen. Puis c'est I'm Feeling Like a Million, très joli pas de deux urbain avec George Murphy, finissant sous la pluie (sous la pluie avez-vous dit ?) et où elle nous laisse entrevoir la beauté interminable de ses jambes [2]. Enfin Powell mène le show dans le feu d'artifice final typique des constructions MGM de l'époque, grandiose, professionnel mais manquant quand même d'âme. Il est vrai que nous ne sommes pas ici chez Busby Berkeley, la caméra de del Ruth est aussi peu inventive dans les chorégraphies que dans la partie jouée, offrant au spectateur une plate représentation de ce qu'il aurait pu voir dans une théâtre de Broadway.

Del Ruth Broadway Melody 1938 Avec Everybody Sing et surtout You Made Me Love You / Dear Mr Gable [3], où elle joue une adolescente amoureuse de l'acteur et déclarant sa flamme aux photos de son idole avant de s'endormir, Judy Garland connait son premier vrai succès public et surtout améliore son image auprès des patrons de la MGM, qui ne savaient pas vraiment quoi faire d'elle.

Celle qui allait devenir une véritable machine à faire du cash pour le studio a alors quinze ans et est sous contrat depuis un an. Elle est petite, pas "jolie" comparée aux beautés qu'elle côtoie (Ava Gardner ou Lana Turner) mais elle a une voix exceptionnelle et une réelle présence à l'écran. Plus assez jeune et pas assez vieille, ce côté girl next door trouvé ici sera exploité ensuite dans son association avec Mickey Rooney (6 films en commun) et sera magnifié dans The Wizard of Oz (1939). Je la trouve tout à fait épatante dans Everybody sing où son sens du swing emporte tout alors que la mélodie sirupeuse de sa déclaration d'amour à Gable, qui passera à la postérité, ne me convainc que passablement.

Quelques bon moments dans un film loin d'être essentiel.
Illustrations de cette page : Eleanor Powell dans le final Broadway Rythm - Judy Garland déclarant son amour à Clark Gable