18 | 01 | 2009

Chronique télévision

Jack the Ripper de David Wickes (Royaume-Uni - 1988) note : moyen

L'affaire de Jack l'Éventreur qui assassina de façon particulièrement violente et horrible cinq prostituées londoniennes en 1888.

Sur un peu plus de trois heures, cette fiction en deux parties reconstitue le déroulement de la mythique affaire de Jack l'Éventreur en suivant l'enquête menée par l'inspecteur Abberline (Michael Caine) et le sergent Godley (Lewis Collin).

Jack the Ripper David Wickes et Derek Marlowe, bien qu'affirmant s'appuyer sur des éléments nouveaux et prétendant donner le fin mot de l'histoire, n'ont en fait écrit qu'une nouvelle variante de la thèse du complot royal/maçonnique défendue depuis 1976 par Stephen Knight. Dans celle-ci, les meurtres auraient servi à couvrir le mariage du fils du Prince de Galles avec une prostituée qu'il aurait engrossé en épousant, qui plus est, la foi catholique de celle-ci [1]. Cette thèse était elle-même une variante de celle exprimée en 1970 et qui faisait, du fils du Prince de Galles et petit-fils de la reine Victoria, le meurtrier de Whitechapel.

Il est donc surprenant de voir dans le téléfilm l'inspecteur Abberline établir l'impossibilité de la théorie du Prince meurtrier (il était en voyage à Balmoral pendant l'un des meurtres) alors qu'elle ne sera formulée que... 80 ans après les faits. C'est un contre-sens historique [2].

Il y en aura pas mal d'autres, destinés à nettoyer le mythe (toute la partie complot maçonnique est notamment abandonnée) ou à dramatiser l'histoire. Par exemple, le cas de l'acteur américain Richard Mansfield qui jouait bien, à l'époque, le Dr Jekill et Mr Hyde, fut très brièvement soupçonné par la police et est ici l'un des principaux suspects. Certes Mansfield se transformait sur scène, mais pas dans le sens retenu par les scénaristes - de Jekill à Hyde -, mais bien dans l'autre - de Hyde à Jekill (il commençait maquillé en monstre et finissait en humain, ce qui est bien plus simple et pas mystérieux pour deux ronds). Ou encore celui de George Lusk, paisible commerçant transformé ici en subversif violent, en collusion avec la presse pour déstabiliser le pouvoir en place.

Le rôle de cette dernière n'est heureusement pas occulté (c'est Fleet Street qui fit l'Éventreur, lui servit de relais et de caisse de résonnance auprès des autorités), et la frustration de la police devant ce mystère est parfaitement décrite. Ne boudons donc pas notre plaisir... A défaut de vérité historique ou même de solution au mystère [3], Jack the Ripper est un excellent thriller, servi par l'interprétation toute en puissance de Michael Caine en Abberline (totalement possédé par le combat qu'il mène contre l'horreur), qui récapitule parfaitement le déroulement de l'affaire, dans une reconstitution du Londres de cette fin du XIXème siècle tout à fait crédible.
Illustration de cette page : Frederik Abberline

Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : State Of Mind de Raul Midon (Blue Note 2006)