Chronique télévision

Wallander (2005) note : quelconque



Wallander, avec le comédien Krister Henriksson dans le rôle titre, est une série policière suédoise en 13 épisodes inspirée des personnages créés par le romancier Henning Mankell, tournée en 2005 et 2006 [1]. Tous les épisodes, d'une durée de 90 minutes, sont originaux - histoires de Mankell mais développées par des scénaristes divers - à l'exception du premier, Innan frosten, qui est une adaptation du dernier polar écrit par le romancier en 2002.

Dans celui-ci, Linda Wallander reprenait le flambeau paternel en devenant flic à Ystad. La série télévisée à tout naturellement exploité cette situation en faisant de Linda (Johanna Sällström) un personnage aussi important que son célèbre père. Son intégration dans la police, ses rapports conflictuels avec Kurt et la relation amoureuse qu'elle va entretenir avec l'un de ses collègues, Stefan Lindman (Ola Rapace) vont même servir de fil rouge tout au long de la saison.

wallander Très astucieusement et assez rapidement, la série met sur la touche certains des personnages secondaires du commissariat d'Ystad afin de permettre aux intrigues de se déployer autour du nouveau trinôme Kurt-Linda-Stefan.

Lisa Holgersson (jouée par Chatarina Larsson), chef de police à Ystad est victime de surmenage et sera absente la plus grande partie de la saison. Il faut donc la remplacer pour toutes les questions administratives et budgétaires, ce qui permet de déplacer hors action un autre inspecteur assez présent dans les romans mais que Mankell avait fini, à mon sens, par gâcher complètement : Ann-Britt Höglund (Angela Kovacs). Du coup, la place de jeune fliquette se libère totalement pour Linda, dont le rapport complexe à son père, puis au travail de policier, est beaucoup plus porteur, dramatiquement parlant. Enfin, le dernier inspecteur "historique", Martinsson, sera assez en retrait jusqu'à l'épisode Mastermind (n° 6), où il occupera la vedette avec Kurt avant de disparaître complètement. Un rôle plus important est donnée à Nyberg (Mats Bergman), l'expert scientifique du groupe et le simple flic Svartman (Fredrik Gunnarsson) fera assez fréquemment admirer son bel uniforme.

La plus grande qualité de ce nouveau dispositif est d'en finir avec l'omniprésence et l'omniscience du personnage de Wallander (voir ma critique de l'œuvre de Mankell sur Le vent sombre) tout en se débarrassant de personnages qui n'avaient guère de consistance. Les gardiens du Temple estimeront peut-être que la série s'éloigne ainsi trop de son modèle romanesque mais je vous assure qu'elle gagne en lisibilité et en intérêt, au moins en multipliant les points de vue parfois divergents sur une affaire.

wallander Linda et Stefan ayant tous les deux besoin de s'affirmer par rapport à Kurt, puis à l'égard de l'autre quand leur couple battra de l'aile, il en résulte une dynamique forte qui irrigue de façon intéressante les derniers épisodes.

Linda apparait comme une jeune femme moderne, volontaire, à la recherche d'une émancipation filiale et professionnelle que Kurt a du mal à comprendre et accepter. Dès le départ, elle cherche à apporter un regard neuf sur certaines affaires, ce que ses collègues - y compris son père - acceptent finalement de bon gré. La comédienne Johanna Sällström rend parfois très bien ce mélange de volonté, d'entêtement et de fragilité mais son jeu est souvent monotone, monocorde et pas forcément toujours convaincant.

Stefan [2], quant à lui, voit en Kurt un modèle/rival, flic autoritaire et père peu partageur, avec lequel il doit composer, alors qu'on le sent dès le départ rétif à l'autorité. C'est un flic pragmatique, fonceur, et pas toujours délicat avec les témoins, suspects ou entourage. Quand il aura la possibilité de lui donner une vraie dimension, le comédien Ola Rapace fera de lui un chien fou, s'opposant de façon ouverte et violente à Wallander (épisode Jokern [n° 12]). Il n'a pas plus de chance devant la volonté de Linda, d'abord dépendance amoureuse jusqu'à la rupture puis, indépendance, rivalité à fleur de peau et jalousie. Pourtant, les trois policiers continuent de coopérer avec efficacité dans des affaires souvent complexes.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, je trouve le Wallander campé par Krister Henriksson intéressant, sans doute parce que pas affligé de la plupart des défauts qu'une lecture trop servile de Mankell - par exemple celle faite par les adaptateurs britanniques pour leur Wallander - aurait pu produire.

wallanderContrairement au héros du roman, Kurt n'est plus réellement un solitaire. Il est capable d'interaction avec la vie en dehors de ses enquêtes, même s'il vit celles-ci avec une autorité et une fébrilité particulière. On le voit proche de Nyberg à plusieurs reprises et quelques échanges avec les Martinsson au début de Mastermind [n°6] témoignent d'une certaine familiarité. Il est touché de retrouver son amour d'enfance au début de Bröderna [n°3], ravi de rencontrer un vieil ami dans Afrikanen [n°5], et il sympathise avec le mari d'une victime dans Fotografen [n°8]. Il a une aventure avec Anja [n°7 & 8] et on le voit draguer sans complexe une collègue d'Interpol dans l'épisode Tackmanteln [n°9]. Bref, ce Kurt Wallander là est un humain ordinaire qui ne nous refait pas la dernière passion du Christ à chaque enquête (comme son modèle romanesque ou, pire, celui interprété par Branagh dans la version BBC). Bien sûr, la présence de Linda permet de mettre en valeur le caractère parfois largué de Kurt dans les relations humaines et ce, dès Innan Frosten [n°1] où il rate la remise de diplôme de sa fille à l'Académie de Police. Mais, comme beaucoup de pères, Wallander est incapable de comprendre le passage de Linda à l'âge adulte et ce n'est qu'au bout de trois ou quatre épisodes de tension qu'il va commencer à se faire une raison.

Ce qui n'a guère changé par contre, c'est le rôle dirigeant de Kurt dans les enquêtes. Son côté autoritaire, cassant, colérique est très bien rendu par Krister Henriksson qui sait aussi composer - sur un visage assez peu souriant et sans trop d'exagérations - la consternation ou la tristesse qui atteignent le policier devant la violence de ses contemporains. La charge de l'avancée des enquêtes étant répartie sur plusieurs personnages (Linda, Stefan, Nyberg) la mauvaise humeur persistante de Wallander est acceptable car pas en permanence à l'écran.

Le véritable problème est que, même talentueux, les acteurs peuvent rarement sauver du naufrage des histoires médiocres. Or, à deux ou trois exceptions près, c'est le cas de cette série, qui reste au niveau du brouet habituel servi par les chaines de télévision [3]. Incohérences, absence d'intérêt ou sophistication inutile, linéarité soporifique dans la narration... peu de choses surnagent vraiment, d'autant que la réalisation est totalement ordinaire et le montage paresseux voire anémique. Maintenant, cela correspond parfaitement à l'écriture de Mankell, auteur à mon sens totalement surestimé...

La série, co-produite par un certain nombre de télévisions européennes (et sponsorisée par un certain nombre de marques [4]), va être prolongée par treize nouveaux épisodes tournés en 2008 et 2009, cette fois-ci sans Stefan (et pour cause) mais surtout sans Linda puisque la comédienne Johanna Sällström est décédée en février 2007. Un nouveau duo viendra donc prêter main-forte à Kurt Wallander, toujours interprété par Henriksson. (Paris-Londres, février 2009)

Guide des épisodes

N° 1 - Innan Frosten (Les flammes de la colère) d'après Henning Mankell note : médiocre

Linda Wallander revient à Ystad après avoir obtenu son diplôme de l'Académie de Police. Désireuse de montrer son indépendance, elle mène sa propre enquête à propos de la disparition d'un femme, qu'elle retrouve assassinée dans les bois, non loin de l'endroit où des cygnes ont été découverts brûlés vif.

Wallander - Innan Frosten Je n'avais pas lu le roman de Mankell transposé ici mais j'ai retrouvé dans cet épisode tout ce que je n'aime pas chez ce romancier, ce qui me fait penser que l'adaptation a été plutôt fidèle.

Tourné comme pilote assez longtemps semble-t-il avant les autres, Les flammes de la colère (quelle drôle de traduction) ne bénéficie pas encore de la dynamique dont je parlais ci-dessus, même si le rôle de Linda grignote un peu celui de Kurt. Une fois encore, Mankell amenait dans la calme campagne scanienne un monstre échappé d'une horreur de l'histoire (le "suicide" collectif du Temple du Peuple de Jim Jones), à charge pour Wallander de régler cette sombre affaire de secte. Comme souvent chez notre auteur, tout tombe toujours à pic : la meilleure amie de Linda chez qui celle-ci trouve refuge est un élément central de l'affaire et l'enfant enlevé par les sectaires est également celui d'une autre amie proche, mais il est vrai qu'Ystad est une petite ville. Nous sommes pourtant en droit de nous demander pourquoi, toujours et encore, ces bad guys viennent s'y installer, surtout connaissant la réputation de son principal enquêteur.

Bien évidemment, l'intransigeance religieuse meurtrière qui anime les membres de la secte nous interpelle mais il n'est pas dit grand chose sur l'environnement sociétal dans lequel de telles idées peuvent s'installer et progresser et je ne suis pas sûr que le roman en apportait une connaissance supplémentaire, sauf peut-être dans le rapide épilogue souvent assez baclé dont Mankell a le secret. L'adaptation télévisée manque très souvent de cohérence, les membres de la secte semblent tous sortis d'une série Z. Trop proche encore de l'œuvre écrite, Innan Frosten est néanmoins un excellent repère pour mesurer toutes les choses qui vont changer dans les épisodes suivants.

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Illustrations de cette page : Photos issus du site du producteur Yellow Bird