Chronique télévision

Wallander, enquêtes criminelles - Guide des épisodes (suite)


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N° 8 - Fotografen (Le gardien de l'histoire) note : passable

Une femme aborde un photographe mondialement célèbre le soir du vernissage de son exposition à Ystad. Ils semblent se disputer puis la femme quitte précipitamment la galerie après s'être emparé de l'un des cadres exposé. On retrouve son corps, le lendemain matin, dans l'eau du port.

Le fond de l'histoire est le pillage culturel des pays où opèrent la glorieuse armée amerlocaine et les multiples ONG intervenant dans son sillage, ici l'Afghanistan (mais les vols commis au Musée national d'Irak lors de l'entrée des troupes US à Bagdad sont évoqués).

Wallander - Fotografen Cela reste bien évidemment, et comme toujours chez Mankell, un simple décor. Le problème est bien à Ystad et, durant 1h10mn, le travail de police va être construit sur une identité et une inimitié, celle-ci naissant de celle-là.

On finit par comprendre, car rien n'est dit, que Linda est enceinte des œuvres de Stefan mais qu'ils n'ont pas le même avis sur la suite des évènements [1]. Or, la victime était également enceinte et cela va obscurcir grandement le jugement du jeune policier, qui va projeter sur le photographe Robert Thuresson (très bon Thomas W. Gabrielsson, dans le genre cynique et violent) son propre vécu mais, également, sa haine de soi. Cette partie est, psychologiquement, tout à fait passionnante mais elle n'a pas grand chose à voir avec l'enquête criminelle, juste avec l'évolution des personnages. A la rupture du couple Linda-Stefan répond, en écho, celle de Wallander avec Anja. Mais l'on voit aussi se poursuivre la dérive professionnelle de Stefan, commencée dans l'épisode précédent lorsqu'il harcelait Marina, la néo-nazie.

Que du bon alors ? Ben non, justement. Il faut bien conclure l'enquête policière et comme celle-ci s'est fourvoyée depuis le départ, il faudrait un miracle. Qu'à cela ne tienne ! à un quart d'heure de la fin, Wallander sort de sa léthargie, a "une intuition" comme d'autres voient la Vierge, décide que le photographe n'est pas le coupable , désigne en colère une autre personne - insoupçonnée jusque là - comme étant le meurtrier, organise une petite course poursuite sur le pont de l'Øresund et voilà, emballé c'est pesé... Pathétique.

Signalons le retour de Lisa Holgersson à la tête du poste de police et donc le départ d'Ann-Brit pour la police de Malmö (elle n'aurait fait qu'encombrer le champ en restant à Ystad). Quant à Linda, elle retourne dormir à Mariagatan avec son pappa...

N° 9 - Täckmanteln (La couverture) note : quelconque

Linda et Svartman découvrent, dans un container abandonné, les cadavres de quinze immigrés clandestins ainsi qu'une petite fille, miraculeusement sauve. La police d'Ystad enquête sur cette filière d'aide à des réfugiés qui semble bien cacher autre chose.

Wallander - Luftslottet Täckmanteln propose un thème intéressant - comment arbitrer le conflit entre ce qui est légal et ce qui est moral - puisque la filière que l'on nous décrit ici est dirigée par une ONG qui cherche à soustraire tous ces gens aux exactions, tortures, répressions et morts certaines dans leur pays d'origine, y compris en bravant la légalité suédoise sur l'immigration.

Le cas de conscience ne se pose évidemment pas pour ces religieuses qui accueillent en Scanie ces réfugiés clandestins parce qu'elles obéissent à une loi supérieure à celles des hommes et que celle-ci semble s'imposer aussi de facto aux policiers. De ce côté de l'histoire, les choses sont donc vite dites mais ce vite dit est aussi diablement idyllique et caricatural. Il y a tous les jours, en Suède ou ici, des gens qui - ayant choisi la morale contre la loi comme le font les religieuses de l'épisode - se font matraquer par les forces de l'ordre et poursuivre par la justice de leur pays, parce qu'ils ont pris la défense de clandestins. Le fragment de monde que l'on nous montre ici est donc toujours déjà une illusion

Comme il apparait que les containers sont utilisés par une organisation criminelle pour faire entrer de la drogue dans le pays, l'enquête peut rebondir vers une partie de gendarmes et voleurs convenue et totalement dépourvue d'intérêt. Reste l'attitude personnelle de Linda Wallander, qui fait suite à son probable avortement (conclusion logique de l'épisode précédent). Pour elle aussi s'est posée la question du légal et du moral et seule, ou en discutant avec la supérieure du couvent, elle tente de trouver les réponses susceptibles de l'apaiser - en évitant ostensiblement l'alcool - pendant que Kurt et Stefan jouent aux cow-boys.

N° 10 - Luftslottet note : médiocre

Un homme à la limite de la clochardise vient retirer tout son avoir de la banque : 20 millions de couronnes, cash... Lui et ses chiens, partageant la même nourriture, sont bientôt retrouvés empoisonnés, dans le taudis où il habitait, juste à côté d'une résidence haut-de-gamme faisant face à la mer...

Cette série n'a jamais été avare en incohérences. Par exemple, les deux tonnes d'explosifs dans Innan Frosten qui ne font comme seuls dégâts que souffler les portes du van qui les transportent, épargnant la route et Linda Wallander à quelques dizaines de mètres. Ou encore Stefan, au début de Fotografen et alors que les plongeurs sont en train de sortir du port le cadavre de la femme, demandant si "quelqu'un l'a déjà identifiée ?". Tout ceci prête à sourire mais que penser quand toute l'histoire dépend de ces incohérences ?

Wallander - Luftslottet Considérons cet épisode. On apprend au fil de l'enquête que l'assassin tue en injectant de la toxine botulique dans les aliments, via une seringue. Le problème est que, pour le premier décès, il s'agissait de nourriture pour chiens... en conserve. Avez-vous déjà essayé de percer une boite en fer blanc avec l'aiguille d'une seringue ? Je vous souhaite bien du plaisir...

Passons maintenant à la fin de l'enquête. Pour obtenir ses aveux, Wallander utilise un stratagème nécessitant le dernier aliment empoisonné par l'assassin mais bien sûr, sans aucune trace de toxine botulique [2]. Celui-ci était un gâteau d'anniversaire, commande très spéciale en forme de ballon de football. Où ces satanés policiers ont-il trouvé le temps de faire fabriquer un nouveau gâteau (tout ceci étant dans une continuité temporelle courte et évidente) ? Je vous passe aussi le fait que Stefan réussit à sauver le petit Levi - dernière victime de l'empoisonneur -, en pratiquant un massage cardiaque alors que cette toxine est le poison le plus violent existant sur cette Terre (ce qu'a bien montré le décès instantané de notre riche clochard du début).

Entre ces deux moments absurdes se déroule une histoire de desperate housewives pas vraiment intéressante à l'exception du mobile de l'assassin, qui aurait mérité meilleur traitement que cette pantalonnade. A noter une fois encore le ridicule des deux enquêteurs (Kurt mais surtout Stefan, je commence à me poser des questions sur le recrutement dans la police suédoise) aveuglés par la solution la plus simple, alors que Linda, très zen et sans emballement, avait compris et anticipé moult choses dans cette affaire.

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Illustrations de cette page : Photos issus du site du producteur Yellow Bird