Chronique télévision

Wallander, enquêtes criminelles - Guide des épisodes (fin)


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N° 11 - Blodsband (Liens de sang) note : bon

Une femme est sauvagement assassinée sur son bateau mais le corps reste introuvable. Les enquêteurs soupçonnent immédiatement son amant, un homme marié vivant dans une communauté installée dans une ferme et qui louait, à la victime, une stalle pour son cheval.

Wallander - Blodsband Voici enfin une histoire cohérente et intéressante, qui décrit par petites touches discrètes une communauté fermée sur soi et sur un grand secret qui motive la violence se déchaînant alentour. Le personnage beaucoup plus calme de Linda Wallander est mis en avant pour d'autres révélations sur son passé [1] ce qui ajoute à la sobriété de l'ensemble, la frénésie habituelle de Kurt et Stefan étant évacuée à la périphérie de l'histoire.

Le réalisateur Stephan Apelgren (qui avait signé l'épisode Mörkret où Linda révélait déjà un fragment de son histoire personnelle) et son scénariste Niklas Rockström approfondissent ici un peu plus le personnage de la jeune détective, placée dans une position ambigüe intéressante du fait de sa relation avec Oskar. La fin tragique pourra paraître à certains un peu convenue mais elle ne dépare par l'ensemble. Elle est filmée avec autant de retenue que le reste ce qui permet d'apprécier le bon travail de Peter Mokrosinski à la photo. Seconds rôles intéressants qui auraient pu être un peu plus fouillés. Honnête avec le spectateur, c'est une des rares réussites, à mon sens, de cette série.

N° 12 - Jokern (le Joker) note : passable

En pleine nuit, la propriétaire d'un restaurant est assassinée sur la plage devant son établissement, sous les yeux de sa petite fille.

Wallander - Jokern Dans Jokern, le personnage de Stefan Lindman achève sa dérive professionnelle en cautionnant les actes de Macho Frank Borg (Jakob Eklund, bon dans le rôle), un flic de Malmö obsédé par le truand Jack Hansson qu'il essaie de coincer depuis six ans.

Frank est un flic qui, une fois sa conviction faite, utilise tous les moyens pour incriminer son suspect. Il trouve en Stefan un homme étrangement faible, impressionnable, solitaire également qu'il va pouvoir manipuler à sa guise. Tous les mauvais côtés du jeune inspecteur d'Ystad ressortent au contact de cet homme - notamment sa violence et sa colère - au grand désespoir de Kurt qui, tel un vieux sage, tente de maintenir le cap d'une police propre et consciencieuse. L'affrontement est, dès lors, inévitable.

La morale de l'histoire est, par contre, plus inquiétante et ressemble à s'y méprendre à celle de La lionne blanche, le roman où Kurt Wallander assassinait de sang froid le tueur russe Konovalenko. Si vous arrêtez les méchants - ce qui est le cas pour Frank et Stefan - on oublie les moyens utilisés pour y parvenir : ici, rien moins que le tabassage de témoin, la violation de domicile, la fabrication de preuves, leur dissimulation, sans oublier le meurtre. A mon grand effroi, beaucoup de spectateurs trouveront cela tout à fait normal...

N° 13 - Hemligheten (Le secret) note : mauvais

De nouveau suspecté de violence, Stefan est suspendu de la police le temps de l'enquête. Dans le même temps, on découvre le cadavre d'un enfant disparu dont le père est un ami du détective.

On pensait bien que la lente dérive de Stefan Lindman devait aboutir à une vraie déchéance mais ce que nous ont concocté Mankell et ses co-scénaristes est un vrai bouillon de pathos.

Wallander - Hemligheten C'est bien dommage car l'histoire criminelle en elle-même - ce pédophile qui utilise sa position d'autorité pour manipuler ses complices comme la police - était prometteuse, même si, une nouvelle fois, cousue de fil blanc, entachée de nombreuses incohérences et de facilités scénaristiques.

Oui mais voilà, il fallait sauver le soldat Stefan, lui faire une fin aussi honorable que possible et quoi de mieux pour expliquer sa dérive que ce fameux "secret", cette enfance abusée, trahie, violée par celui-là même qui, vingt ans plus tard (ben voyons), se trouve dans le collimateur d'une Linda (aveugle s'agissant de son collègue, clairvoyante s'agissant du criminel, ben voyons). Les violons synthétiques d'Adam Nordén peuvent alors se déchaîner ; Stefan seul contre tous, incompris, soupçonné ne peut que disparaître pour que la vérité soit révélée, entrainant un Niagara lacrymal de toute l'équipe et surtout des Wallander, père et fille.

Mal dirigé, Ola Rapace en fait des tonnes pour en arriver là, faisant perdre toute crédibilité à son personnage. Prévoyant une saison supplémentaire éventuelle, Linda fait porter le chapeau de la mort de son collègue (et ancien amoureux) au méchant Kurt, accusé de n'avoir pas vu le désespoir de son jeune collaborateur, de ne lui avoir pas parlé et, surtout, d'avoir douté de son intégrité. On voit bien que Kurt aurait pu lui retourner le compliment (ainsi qu'une bonne beigne) parce que, côté compassion, Fifille a pas vraiment assuré non plus mais le moment n'est pas aux chamailleries, seulement à la célébration d'une victime devenue héros. Nouveau coup de violons... C'est bô...

Anders Ahlbom donne au personnage de Roffe Liljegren une dimension formidable. C'est bien la seule chose à sauver de ce gâchis. Page 1 2 3 4 5

Illustrations de cette page : Photos issus du site du producteur Yellow Bird

Musiques écoutées durant l'écriture de ces pages : Foxtrot (1972) et Selling England by the Pound (1973) de Genesis, Raising Sand (2007) de Robert Plant et Alison Kraus, le Overpowered (2007) de Roisin Murphy et, toujours, le Gerald Moore, a tribute chez EMI (1967).