22 | 01 | 2009

Chronique télévision

Wallander (2008) note : quelconque



Produite pour la BBC avec Kenneth Branagh dans le rôle titre, Wallander se compose pour l'instant de trois épisodes directement tirés de l'œuvre d'Henning Mankell. J'ai présentée celle-ci, en son temps, sur Le vent sombre : Les enquêtes de Kurt Wallander.

Le personnage de Wallander a été très tôt (1994) adapté pour la télévision, presqu'en même temps que les dernières enquêtes publiées par Mankell. Une série suédoise originale également nommée Wallander [1], cette fois-ci inspirée par les personnages (à l'exception du premier épisode qui est encore l'adaptation d'un roman) et comprenant 13 épisodes a été tournée en 2005. Sur des histoires de Mankell mais scénarisées par d'autres, elle met en scène un trio formé de Kurt, de sa fille Linda et d'un jeune inspecteur nommé Stefan. Devant le succès rencontré par cette mouture, treize nouveaux épisodes étaient en tournage à Ystad (sans Linda mais avec de nouveaux personnages), dans le Sud de la Suède, en même temps que les trois produits pour la BBC dont nous allons à présent parler.

wallander bbc 2008 Tout en simplifiant considérablement l'intrigue, chaque épisode suit assez étroitement la trame narrative du roman original. Ces adaptations paresseuses font que ce que nous regardons a le "goût Mankell" tout en n'étant pas vraiment du Mankell.

Sans doute pour préserver le suspense sur l'identité des criminels, nous ne partageons plus leur point de vue, comme le romancier avait l'habitude de le faire tout au long de sa narration, notamment au moment où ils accomplissaient leurs noirs desseins. Ceci a permis de réduire en partie la violence très gore des romans mais en nous privant d'un contre-point important dans l'histoire tout en obligeant les scénaristes à modifier le final des épisodes pour que le criminel (ou son complice) explique au spectateur ses motivations. Du coup, l'épilogue souvent bâclé mais qui permettait à Mankell de tirer une vague leçon existentielle de ce qu'il venait de raconter n'existe pas. Nous nous retrouvons donc avec des enquêtes de police à l'état brut, d'une linéarité narrative pépère et ennuyeuse, et ce que je reprochais déjà aux romans, à savoir l'omniprésence wallanderienne, s'en trouve renforcée.

Seul le point de vue des enquêteurs est donné ici. Et encore, je devrais dire du seul Kurt puisqu'on cherche péniblement à quoi peuvent bien servir les seconds rôles, à la présence toute symbolique, notamment au commissariat d'Ystad (c'est le double effet Wallander : omniprésent et omniscient, son équipe ne lui sert pas à grand chose). Le personnage de Linda, la fille de l'Inspecteur, est un peu plus développé mais elle est bien trop présente par rapport aux romans, beaucoup trop sophistiquée par rapport à son modèle et elle est là, non pour elle-même, mais pour ajouter une valeur à Kurt ("mais non, euuuuh, tu n'es pas un si mauvais père..."), toujours et encore. Pour les fans du personnage comme pour ceux de Kenneth Branagh c'est évidemment parfait, mais comme je ne le suis ni de l'un, ni de l'autre...

Le côté humain, ou plutôt compassionnel, de son héros est souvent souligné par les admirateurs de Mankell (je vous renvoie à ce que je disais dans ma critique de l'œuvre sur le côté artificiel et sélectif de cette compassion) et je dois dire que Branagh en fait des tonnes dans le registre : ça dégouline, ça larmoie dans pratiquement chaque plan et l'on est en droit de se demander : que fait la police ? Comment un homme aussi émotif peut-il encore faire son métier, détenir une arme et avoir le droit de s'en servir ? Cela pour moi reste le plus profond des mystères...

wallander Enfin, notons le soin apporté par la production à "faire suédois" c'est-à-dire faire évoluer les personnages dans des décors et des objets conformes... aux stéréotypes.

Wallender conduit... une Volvo, les lieux sont de type "design scandinave" ou petits manoirs scaniens (ainsi Wallander n'habite pas son célèbre appartement de Mariagatan mais cette maison avec jardin ci-contre), les emails à l'écran sont écrits en suédois, etc. Le besoin pour cette production britannique de "surjouer" pour gagner une authenticité suédoise est d'autant plus surprenant que d'autres aspects ont été clairement anglicisés, notamment la prononciation des noms propres (Kurt se présente comme étant Oua-landeur et est flic à Is-tad. A comparer bien sûr avec la version de 2005 en langue et environnement originaux).

Mise en scène, montage et cadre maintiennent ce Wallander dans une esthétique télévisuelle banale (malgré souvent une jolie photo) et je continue de ne pas comprendre l'intérêt de telles adaptations. Au final, une mini-série tout à fait quelconque mais qui illustre parfaitement, à mon sens, les talents respectifs de Mankell et de Branagh.

Sidetracked (Le guerrier solitaire) d'après Henning Mankell note : médiocre

Au beau milieu d'un champ, Kurt Wallander voit une jeune fille mettre fin à ses jours par le feu. Autre part, un homme politique est assassiné sur la grève devant sa maison. Il a été scalpé. Quelques jours plus tard, au milieu d'une soirée qu'il donne dans sa splendide demeure, un marchand d'art célèbre est également retrouvé mort et scalpé...

L'adaptation terriblement simplifiée de ce roman l'aurait plutôt bonifié en faisant passer à la trappe toutes les incohérences que je relevais dans ma critique. La notion de distance entre les différents lieux a été supprimée, le garçon de 14 ans est désormais un gaillard aussi grand que Wallander mais on n'a pas trop le temps de se poser la question de savoir pourquoi il jouerait encore aux Indiens. Il suit bien le journal intime de sa sœur (qui n'est plus dans un silence psychotique) mais tout ceci est évacué en trois coups de cuillère à pot. Il ne reste donc qu'un téléfilm indigent, exploitant sans vrai recul la pédophilie et la vengeance, ce qu'était déjà le roman, mais qui ravira sans aucun doute les fans du romancier suédois. Le compte y est donc.

Firewall (La muraille invisible) d'après Henning Mankell note : quelconque

Une jeune fille assassine un chauffeur de taxi. Interrogée avec son amie au poste de police, elle déclare qu'elle en voulait simplement à son argent. A Ystad, un homme est retrouvé mort devant un distributeur de billets.

Le roman d'origine déployait une intrigue intéressante et complexe - à sa date d'écriture, c'est-à-dire 1998 - autour de la vulnérabilité des réseaux informatiques aux attaques terroristes. Toutefois, le traitement de ce thème m'avait déjà semblé plutôt naïf et daté lors de la parution en France du livre, il y a trois ou quatre ans. Firewall m'a paru être le plus inutilement compliqué, le moins crédible - par défaut d'adaptation de son contexte - et pourtant le moins mauvais épisode de la série. A noter la fin différente du roman, l'assassinat du personnage d'Ella Lindfeldt permettant un nouveau torrent de larmes wallanderien et un final où l'échange de coups de feu original laisse la place à la sauvagerie (peut-être sa vraie nature) déchaînée de Kurt.

One Step Behind (Les morts de la St Jean) d'après Henning Mankell note : médiocre

Trois jeunes gens déguisés pour la St Jean sont abattus dans une forêt. Leur disparition ne se remarque pas car leurs parents reçoivent d'eux des cartes postales de différentes villes d'Europe mais une des mères est persuadée qu'il s'agit de faux. L'inspecteur Svedberg, coéquipier de Wallander, est retrouvé mort chez lui, tué par balles. Existe-t-il un lien ?

C'est sans doute dans cet épisode que l'absence de proximité avec le criminel et ses motivations manque le plus. Car il s'agissait d'un vrai méchant et sa folie planait sur le roman (que je n'aimais pas personnellement), conditionnant en partie attitudes et réponses des policiers. En échange, nous avons du 100% Wallander dans une intrigue terriblement simplifiée, avec des passages à la crédibilité douteuse. One step behind bénéficie d'une fin grand-guignolesque différente là encore du roman, uniquement pour permettre au meurtrier de justifier - médiocrement - de ses actes tout en accueillant une nouvelle poussée lacrymale des Wallander, père et fille.
Musique écoutée durant l'élaboration de cette note : Das Lied von der Erde de Gustav Mahler, Nan Merriman, Ernst Haefliger et Eugen Jochum dirigeant le Concergebouw d'Amsterdam (DG 1983)